RDC : Accompagner les survivants dans les zones de conflit

SESSION DE KESHERO (GOMA, RDC)

 

fidélie

              Du 04 au 10 janvier 2021 a eu lieu à Keshero (GOMA), à l’Est de la RD Congo, une session organisée par le Service pour la Formation Permanente des Missionnaires d’Afrique et la Commission Justice et Paix de l’Union Internationale des Supérieures Générales et des Supérieurs Généraux (UISG-USG, Rome)

Le thème : « Formation à l’accueil, l’accompagnement et la réintégration des personnes survivantes de violences sexuelles en zone de conflit ».

               La session a commencé mardi soir par les vêpres suivies d’une soirée fraternelle de présentation. Elle a été inaugurée par Monseigneur NGUMBI Willy, évêque de Goma.

               Cette session avait comme objectif : fournir aux personnes engagées dans l’accueil des survivants des outils et des éclairages sur leur pratique et l’esprit dans lequel elles sont invitées à vivre cet accueil si délicat.

Dans l’atelier, l’accent était mis sur le contexte actuel en R D C, particulièrement dans sa partie Est, la gestion des traumatismes, l’accompagnement des victimes, et l’importance pour un soignant (médecin, infirmier) ou un accompagnant (psychologue) de prendre soin de lui-même. Ceci a été souligné essentiellement pour éviter le traumatisme secondaire ou le burn-out du soignant ou de l’accompagnant.

La constitution des petits groupes de 5 ou 6 personnes a permis à chacun de parler franchement des cas les plus saillants accueillis dans son centre et de la manière dont chacun a essayé d’aborder ces cas afin de diminuer la souffrance de la femme jusqu’à ce qu’elle retrouve le bien être psychologique espéré.

C’était aussi une occasion pour les accompagnateurs formés sur le tas d’apprendre comment assurer l’accueil et l’entretien avec des personnes victimes des violences sexuelles.

                 Au cours de cette session, plusieurs sous thèmes ont été abordé mais quelques-uns ont retenu mon attention, c’est entre autre le sous thème intitulé : « oser se montrer vulnérable » développé par le père Bernard UGEUX. Voici un petit extrait de cette intervention :

« Oser être vulnérable, c’est oser s’exposer… C’est prendre le risque d’être atteint, blessé, déstabilisé même… par la souffrance de l’autre, par sa fragilité, qui renvoie à ma fragilité… Quand on ose être - et se montrer - vulnérable, les autres osent exposer leur fragilité, sollicitent la compassion… Certains profiteront de la vulnérabilité qui s’offre pour faire mal, régler des comptes, peut-être à cause de blessures qui sont en eux, en elles… Parfois, de façon plus ou moins perverse - ou peut-être désespérée - ils voudront vérifier jusqu’où la vulnérabilité consent à n’être que compassion, écoute, accueil…

Pour oser être vulnérable, il faut aussi avoir été soi-même blessé sans avoir été détruit, avoir été atteint au défaut de la cuirasse, avoir été déchiré sans que la béance ne se soit définitivement refermée, durcie… Pour pouvoir être vulnérable, il faut être fort…, fort dans le sens de construit intérieurement, et cette construction intérieure ne peut se faire qu’à travers le chemin du pardon, et aussi grâce à l’apprentissage du consentement à se laisser aimer… Ne comptant plus sur moi-même, conscient de mon incapacité d’aimer quand je suis blessé, confronté à mes résistances intérieures par rapport au pardon, tenté de me replier sur mes blessures et mes limites, heureux suis-je si, acceptant de me laisser aimer, je me laisse guérir grâce à la proximité des autres, d’un Autre, qui m’aime et m’accueille avec mes fragilités, sans jugement… comme je suis.

Cette construction intérieure m’ouvre à une acceptation de moi-même, à un consentement à ma fragilité, à une démaîtrise par rapport à la tentation de l’“ héroïsme ” ou d’un durcissement – illusoirement – protecteur ».

                     Pendant la session, nous avons bénéficié aussi des moments d’exercices de relaxation. Ce temps nous a permis de liquider nos stress et traumatismes dus au vécu quotidien et aux défis de la vie. L’utilisation de cet outil nous a aidés à demeurer dans un état de paix et de bien être psychologique tout au long de la session. Il nous a été proposé d’intégrer ces pratiques dans notre style de vie quotidienne afin d’y recourir instinctivement dès que nous prenons conscience d’être stressé(e) ou vidé(e) de notre énergie.

                     Après le tour de table du partage de l’accompagnement des personnes victimes des viols, nous nous sommes rendus compte, unanimement, que ce dont la survivante a besoin, c’est :

  • D'être crue : écoutée avec bienveillance ;
  • D'être protégée : mise hors de danger ;
  • D'être comprise et de ne pas être jugée ;
  • D'être soutenue : informée, sur toutes les démarches à faire ;
  • D'être prise en charge : orientée vers des professionnels spécialisés pour que sa souffrance psychique soit soulagée,
  • D’être respectée : le fait d'avoir le courage de venir à la consultation mérite le respect et la compassion.

Ce dont nous avons besoin comme accompagnateurs(ices) c’est :

  • Repérer la souffrance psychique, poser la question sur les violences, écouter et libérer la parole ;
  • Prendre position contre les violences, pour la loi, contre le système agresseur ;
  • Examiner, évaluer la souffrance psychique, la détresse, le danger encouru, le besoin d'aide ;
  • Aider, orienter, accompagner ;
  • Savoir expliquer les mécanismes à l'œuvre dans les psychotraumatismes et dans le système agresseur ;
  • Accepter d'être impuissant, savoir être patient, savoir travailler en réseau.

                          Force est de constater que plusieurs éléments évoqués dans cet atelier n’étaient pas inconnus pour moi, mais le fait de l’entendre dire par quelqu’un autre, cela a raisonné autrement dans mon psychisme. 

Par contre, j’ai senti aussi que, pour une participation active à ce genre de session, il fallait avoir une expérience de longue durée dans l’accueil et l’accompagnement des personnes victimes des violences sexuelles.

Tout au long de la session, un besoin s’est fait sentir : mise en place d’un travail en réseau pour s’aider mutuellement en cas de difficulté dans l’accompagnement des survivantes des violences sexuelles.

                La session a été clôturée par une messe d’action de grâce suivie d’une remise d’attestation de participation.

 

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Keshero au bord du lac Kivu (chez les Pallottins)

                                                                                                    Fidélie NTSHIKALA