Message de Noël pour 2017

Aux sœurs et à la grande famille de la Congrégation Notre-Dame

Dans le souffle du Chapitre, METTRE DIEU AU CENTRE

Sœur Cécile MARION

cnd-csa
Supérieure Générale

Rappelons-nous : les orientations que nous nous sommes données au Chapitre de Locquirec ne nous invitent pas à l’activisme, mais elles veulent nous aider à mettre Dieu au centre. Qu’il s’agisse de la vie fraternelle, de la mission, de la formation, de la vocation, de la solidarité, du cheminement avec les laïcs, de l’organisation de la congrégation : Dieu est au centre.

Mettre Dieu au centre, qu’est-ce à dire ?

Ce jour de fête de l’Immaculée Conception nous permet de comprendre que « au centre » ne signifie pas « sur la place publique » : notre Dieu est discret, caché même. Nazareth, Bethléem nous ramènent là où il fait sa demeure, au creux de notre humanité, de notre cœur. Et comme Marie – comme Alix – nous avons à mettre ce qui est caché au centre. Notre vie de consacrée est dans ce mouvement de conversion. Notre identité chrétienne elle-même est conversion.

Parce que le sens de notre vie n’est pas une « idée » ni même une « valeur » mais une personne, notre espérance ne pourra jamais être une idéologie, aussi belle et enthousiasmante soit-elle. Le service que nous rendons, la responsabilité que nous assumons, la mission que nous vivons, sont pour nous conversion à notre Dieu, à son Evangile. A son appel, être qui nous sommes – sans « prêt à porter » –, avec Lui, le cœur ouvert.

Mettre Dieu au centre, mais encore ?

N’est-il pas déjà là, « dans la barque » ? Oui, mais il est couché au fond, et il dort : « Seigneur, cela ne te fait rien ? »

- qu’après tant de siècles d’éducation, de démocratie, de culture, de civilisation, les égoïsmes, les duretés de cœur, les exclusions, les anathèmes, refleurissent de plus belle pour bâtir des murs et des tours de garde ? que l’argent, le pouvoir et le sexe soient toujours les tentations de notre humanité tellement manipulable ?
- que les puissants annexent ceux qu’ils convoitent, ou emprisonnent ceux qui les contestent, sous la molle dénonciation des nations qui ont trop d’intérêts en jeu ? que des bombes continuent de tomber sur ceux qui n’ont déjà plus rien ? que des fous – soi-disant de toi – tirent à l’aveugle dans une foule innocente ou renversent des corps pour leur rouler dessus ?
- que la terre engloutisse dans ses tremblements ce que des générations ont construit ? que la « maison commune » se consume au gré de nos insouciances ?
- que des jeunes n’aient pas d’école où aller pendant que d’autres la quittent trop tôt sans savoir quoi faire ni qui imiter ?



Mais notre Dieu n’est pas bavard ! « Silence, tais-toi ! »…Car il y a une connivence secrète entre le bruit des mots et des armes et notre propre violence. Nous comptons toujours sur nos propres forces, notre intelligence, « notre expertise », ne renonçant jamais tout à fait à notre « pouvoir », le cœur si peu ouvert à son Royaume.

« Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » …Alors, accueillons d’abord ce silence, ce calme qui se fait à sa Parole, et demandons humblement la foi « grosse comme une graine de moutarde ». Puis, avec confiance, reprenons le juste combat, remettons-nous à la « tâche », à la lumière de sa Parole.

En cette année du centenaire de la mort de Charles de Foucauld, il est bon de se rappeler son message : toute une vie passée à chercher la dernière place, à briser toute prétention et à n’avoir que la foi comme seule arme. Au point de n’éprouver aucune amertume devant l’espoir déçu :

« Sitôt qu’il se fut convaincu de l’existence de Dieu, il n’avait pas trouvé possible de vivre autrement que pour lui, mais il avait découvert que vivre avec lui était une autre affaire. Comme il arrive dans la vie des mystiques, Dieu s’absentait souvent de la tente de la rencontre. » (P. 70)

« C’est d’abord l’orgueil qui se tient en embuscade à l’intérieur de l’homme » (Isaac le Syrien). Foucauld fait l’expérience de ce combat dans la solitude, et dans ses hantises. Il n’y en a pas d’expression plus douloureuse que celle qu’il a donnée dans ses lettres de Noël 1907, écrites de l’ermitage de l’Assekrem. Il a cinquante ans. Il a connu l’errance, la Trappe, Akbès et Nazareth, les combats, le désert parcouru souvent au péril de sa vie. Rien n’a changé. Personne n’est venu. Ses cheveux tombent. Il n’a presque plus de dents. Il a faim, ayant donné ses derniers sacs de grains à des hors-caste méprisés, noirs ou métis, à l’écart des prestigieuses tribus nobles. « Ce que voient les indigènes de nous, chrétiens, professant une religion d’amour, c’est négligence, ou ambition, ou cupidité, et chez presque tous indifférence et dureté. » A présent qu’il n’a plus rien à donner, les Haratins ne viennent même plus le voir. Il reste absolument seul. Voilà dix ans qu’il se dépense en vain. Il est religieux depuis dix-huit ans. « C’est aux fruits qu’on connaît les arbres et ceci montre ce que je suis, un serviteur inutile. » Depuis trois mois il n’a reçu aucune lettre de France. Personne ne comprend cette insatisfaction tenace, ce mouvement perpétuel qui le pousse, non vers un monastère convenable mais vers ces cabanes où l’assaillent des pauvres sans nombre. Il a obtenu l’autorisation de dire la messe sans servant, à la condition qu’un chrétien y assiste. Il n’en viendra aucun, dans cette montagne inhospitalière. « Jusqu’à la dernière minute j’ai espéré qu’il viendrait quelqu’un (…) que la volonté du Bien-Aimé soit bénie en tout. » (P. 77-79)



Dans la barque de nos existences, Jésus se réveille souvent, non à cause de la tempête, du vent et des éclairs, mais parce qu’il sent notre angoisse, alors que l’avenir qu’il façonne est bien au-delà de nos attentes : « Lui qui forma l’oreille, il n’entendrait pas ? Il a façonné l’œil et il ne verrait pas ? Le Seigneur ne délaisse pas son peuple ».
Il est « celui qui a le pouvoir de réaliser en nous par sa puissance infiniment plus que nous ne pouvons demander ou même imaginer » .

Les tentations sont pour nous des lieux, des moments, de conversion : nous laisser « évangéliser » là où « nous sommes perdus », laisser Dieu réveiller la source qui est son image en nous. Et, avec Lui, « passer sur l’autre rive ». Car la barque n’a pas été construite pour rester au port ! Sommes-nous prêts à suivre « l’imprudence » divine ?

Mettre Dieu au centre, ensemble :

« Pour vous, qui suis-je ? » Cette question posée aux disciples est bien le signe que le Seigneur a besoin de nous.

Dans son exhortation apostolique, « La joie de l’amour », le Pape François nous interpelle comme congrégation :

« Vouloir fonder une famille » – et la CND en est une ! – « c’est se décider à faire partie du rêve de Dieu, choisir de rêver avec lui, vouloir construire avec lui, se joindre à lui dans cette épopée de la construction d’un monde où personne ne se sentira seul ». (n°321)


Dans le document de la CIVCSVA , « Contemplez », la vie consacrée est appelée à ces trois priorités :

- Témoigner que « Dieu est, qu’il est réel, vivant, personnel ».
- Être un lieu d’étreintes et où l’on tient compagnie à Dieu.
- S’entraîner à une « pensée ouverte » : « pour comprendre, nous devons nous déplacer, voir la réalité de différents points de vue…Avec une intelligence humble et ouverte ‘chercher et trouver Dieu en toute chose’ comme l’écrivait Saint Ignace. Dieu est à l’œuvre dans la vie de chaque homme et dans sa culture : l’Esprit souffle où il veut. Efforcez-vous de découvrir ce que Dieu a fait et la façon dont il poursuivra son œuvre ».
« Certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là, l’Evangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse ».

« Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Eglise ne peut vivre sans le poumon de la prière ».

Mettre Dieu au centre, ensemble, en 2017 :

C’est, dans le souffle du temps liturgique de l’Avent, choisir une vie tournée vers le retour du Christ :

« Celui qui entend, qu’il dise : ‘Viens !’
Oui, je viens sans tarder.
Amen ! Viens Seigneur Jésus. »



Alors que nous fêterons le 400ème anniversaire de :
- La fondation du premier monastère de la CND à Nancy et l’autorisation d’enseigner les externes malgré le renforcement de la clôture par le Concile de Trente
- L’approbation des Petites Constitutions par l’Evêque de Toul

Vingt-deux jeunes professes du Viet Nam, de Hong Kong, du Congo, du Brésil, vont se retrouver en « Juniorat international » pour vivre trois mois (mars à mai)
• de dialogue interculturel, d’approfondissement de leur vocation religieuse et de leur appartenance à la CND, à Nancy
• d’immersion dans des communautés d’Europe
• de relecture de cette expérience à Taizé
• de retraite selon les Exercices Spirituels à Locquirec
Après des décennies d’interruption, nous renouons avec cette expérience de formation internationale qui construit le « corps ».

Éducatrices appartenant à une congrégation internationale, nous sommes appelées à ne pas nous « installer ». Aujourd’hui comme hier, « les religieuses préféreront quitter leur maison, leur pays, plutôt que d’abandonner l’œuvre apostolique ».
Le basculement numérique de la Congrégation – majoritairement présente au Viet Nam, au Congo, au Brésil et non plus en Europe –, nous invite à une audace comparable.

« Partons ailleurs ! »


A tous et à chacun, belle et bonne année 2017, ensemble !

Avec toute mon affection