CONGO – LÀ OÙ LA DIFFÉRENCE DEVIENT UN DON
Et où j’ai réappris à être vraie humaine et à devenir disciple.
Au cours de ces presque deux dernières années, depuis le J3 jusqu’aujourd’hui, le Seigneur m’a conduite à travers des chemins très particuliers, afin que je ne me contente pas seulement de contempler, mais que je puisse réellement toucher ses merveilles de manière vivante, riche et abondante. Le Seigneur m’a fait passer d’un émerveillement à un autre : de la beauté majestueuse et grandiose de Rome -symbole de la richesse et de la gloire de Dieu- à la pauvreté et au dénuement de personnes pauvres, simples et humbles au Congo qui, pour moi, sont la manifestation très réelle du Christ incarné.
Avant d’arriver dans ce pays, je dois reconnaître que j’avais des inquiétudes et des peurs. Je craignais d’avoir du mal à m’intégrer à la culture et au mode de vie locaux, de rencontrer des difficultés pour communiquer et m’adapter, de ne pas m’habituer à la nourriture, de ne pas avoir assez de santé… Bref, j’avais vraiment beaucoup de craintes. Pourtant, une fois arrivée au Congo, toutes ces peurs se sont peu à peu dissipées, laissant place à une intégration très naturelle, proche et étonnamment chaleureuse.

Dès les premiers instants, j’ai été accueillie avec la chaleur et l’amour des Sœurs de la vicairie du Congo. Sœur Mireille, la vicaire, ainsi que Sœur Jeanne m’attendaient déjà à l’aéroport très tôt. Bien que le vol soit arrivé à minuit, les Sœurs des différentes communautés sont restées éveillées pour nous accueillir. Les Sœurs m’ont accueillie comme un membre de la famille : avec amour, attention et sollicitude pour ma santé. Lors des repas, il y avait toujours du riz spécialement préparé pour moi. Elles ont patiemment écouté mon français encore hésitant et m’ont appris quelques mots de kiluba pour saluer les gens.
Elles m’ont reçue avec toute leur affection, et lorsque mes valises ont été égarées pendant plusieurs jours, elles n’ont pas hésité à tout partager : des vêtements au savon, jusqu’aux serviettes de bain… Vraiment, ce lieu est devenu une maison, et les Sœurs sont devenues mes sœurs. Je ne me sens plus étrangère ni gênée. Ce fut aussi une expérience très forte de « dépouillement », lorsque j’ai réalisé que je n’avais plus rien à quoi m’accrocher, sinon l’amour de Dieu et celui de mes sœurs. C’est précisément dans ce vide que j’ai appris à m’attacher à Dieu et à dépendre de mes sœurs, à grandir dans une confiance plus totale. J’ai compris que le bonheur ne vient pas du fait de tout posséder, mais d’être aimée, soutenue et de se confier avec foi au Seigneur.
Le Congo –un pays aux mille couleurs et aux sonorités vibrantes du continent africain– est devenu le lieu où j’ai vécu deux courts mois d’apostolat, mais d’une intensité remarquable. Les souvenirs de ce temps resteront à jamais gravés dans ma mémoire. La vie au Congo m’a profondément bouleversée face au contraste saisissant entre l’abondance et le manque. Les habitants doivent affronter de nombreuses difficultés : la pauvreté, le manque d’eau potable, la pénurie de nourriture et l’insuffisance des services de santé de base.

J’ai vu des enfants marcher des kilomètres pour aller à l’école, sans livres ni vêtements suffisants. J’ai vu des familles vivre dans des habitations précaires, exiguës et fragiles. Plus particulièrement, en travaillant à l’hôpital, j’ai été en contact direct avec les patients et j’ai été témoin de leurs souffrances physiques, de leurs regards perdus et de leur profonde détresse.

Il y a des moments où je ne pouvais rien faire d’autre que de leur tenir la main dans la douleur, rester assise en silence à leurs côtés, poser ma main sur leur épaule et partager un silence profondément consolant. En les voyant pleurer de douleur, je ne pouvais pas retenir mes propres larmes. En les voyant tristes, mon cœur se serrait aussi.
Je ne peux oublier le regard de deux femmes : l’une a souffert d’une grave hémorragie après l’accouchement et est décédée seulement quelques jours plus tard ; une autre a fait une fausse couche et, dans sa douleur, regardait les enfants autour d’elle jouer tandis que les larmes coulaient sans cesse.
Et il y a tant d’autres situations : des enfants gravement malnutris, des adultes souffrant de maladies prolongées… Je les porte tous dans mon cœur, je les présente au Seigneur et je murmure : « Seigneur, pourquoi souffrent-ils autant, pourquoi tant de douleur et de manque ? »
Au cœur de ces situations, j’ai pu voir l’engagement infatigable des Sœurs de la vicairie du Congo. Elles servent la population, en particulier les pauvres et les enfants, à travers les écoles et les hôpitaux. Grâce à ces activités éducatives et sanitaires, de nombreuses personnes ont été soignées, sauvées et ont retrouvé l’espérance au milieu de la pauvreté.
Dans les écoles, les Sœurs ne transmettent pas seulement des connaissances ; elles forment aussi les personnalités, semant dans le cœur des enfants l’esprit de charité, de partage et la foi en Dieu. Je crois que, grâce à cet environnement éducatif, beaucoup d’enfants congolais auront la possibilité de sortir du cercle vicieux de la pauvreté et d’oser rêver d’un avenir meilleur.
À l’Hôpital Général de Référence de Kinkondja, j’ai eu l’occasion de collaborer avec les Sœurs dans les activités de soins et j’ai perçu clairement leur dévouement et l’amour qu’elles portent aux patients. Cet engagement discret est devenu pour moi un témoignage vivant, qui m’interpelle et m’invite à avancer sur le même chemin.

Dès les premiers jours de contact avec le milieu de travail, les personnes et les patients à Kinkondja, le passage de l’Évangile de Luc (10,1-9) est devenu pour moi une lumière qui éclaire ma route. J’ai pris conscience que je suis une disciple appelée personnellement par le Seigneur et envoyée avec une mission concrète. Pour moi, annoncer le Royaume de Dieu ne se fait pas tant par des paroles que par la vie elle-même et par une manière d’être : guérir, semer l’espérance, donner gratuitement et être pleinement présente à l’instant présent.
Lorsque j’ai vu que les patients étaient beaucoup trop nombreux alors que les médecins et le personnel étaient trop peu, j’ai compris mieux la parole du Seigneur : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. » Ici, le champ de la mission s’ouvre avec tant de cœurs qui ont besoin d’être soutenus, guéris et remplis d’espérance.
En résumé, la mission que le Seigneur m’a confiée à Kinkondja est à la fois simple et très concrète : aller vers les autres avec le cœur, être présente avec sincérité ; apporter la joie et la paix à travers de petits gestes ; me détacher pour m’attacher uniquement à Dieu et Lui faire confiance, en m’abandonnant totalement en toutes circonstances.
Deux mois de stage apostolique au Congo m’ont véritablement aidée à comprendre ce que signifie « sentir l’odeur des brebis », car je ne percevais plus aucune autre odeur que celle de l’amour. Je suis heureuse et comblée d’avoir vécu cette expérience internationale, d’avoir touché du doigt le même esprit éducatif que nos deux Fondateurs nous ont légué. Cet esprit est présent de manière vivante en chacune de nous, quelle que soit la vicairie de la Congrégation Notre-Dame à laquelle nous appartenons.
Le Congo est vraiment un lieu où « la différence devient un don », un lieu où la pauvreté m’apprend la richesse en Dieu, où la souffrance m’enseigne l’amour véritable, où le manque m’apprend l’abandon total à la Providence, et où je réapprends aussi à être pleinement humaine et une véritable disciple.
Seigneur, fais-moi reconnaître que le champ apostolique que Tu me confies, ce sont les personnes que je rencontre chaque jour. Donne-moi de devenir une humble ouvrière de la moisson, capable d’écouter, de soutenir et de semer l’espérance, afin que chacune de mes paroles et chacun de mes gestes deviennent un témoignage de Ton amour au cœur de l’humanité d’aujourd’hui.
Thérèse Hoàng Ái





