JUAZEIRO DO NORTE

UN ITINERAIRE SPIRITUEL JUBILAIRE POUR REVENIR AUX SOURCES DE LA MISSION

En harmonie avec l’Année jubilaire des 450 ans de la naissance de Mère Alix Le Clerc, les communautés des Sœurs de Juazeiro do Norte ont vécu une expérience profondément spirituelle de mémoire, de pèlerinage et de rénovation intérieure . Sur une terre marquée par la foi populaire, par les pas des pèlerins et pèlerines et par la présence missionnaire de la Congrégation, le jubilé a commencé comme un chemin : un chemin prié, écouté, partagé et parcouru avec un cœur attentif aux traces de Dieu dans l’histoire.

La proposition a pris la forme d’un itinéraire spirituel jubilaire, sous le signe de la mission et de la spiritualité. Plus que de rappeler des faits, il s’agissait de revisiter un héritage vivant. En commençant le pèlerinage aux pieds du Père Cícero, nous avons été invitées à contempler non seulement la mémoire d’un peuple croyant et résistant, mais aussi la présence des femmes et des sœurs qui, au fil du temps, ont fait de ce lieu un espace d’accueil, d’écoute, de prière et de soin. La descente du Horto est ainsi devenue une descente au cœur de notre propre histoire : entre silence et partage, chaque pas évoquait des vies données, des fidélités et des traces laissées sur le sol de la mission.

Tout au long du parcours, nous avons fait mémoire des sœurs Annette, Ana Teresa, Dora et Socorro, femmes qui ont précédé la communauté actuelle et qui continuent d’éclairer le chemin par l’héritage reçu d’Alix. Faire mémoire d’elles n’a pas été seulement nommer le passé, mais reconnaître une présence qui féconde encore le présent. Leurs vies, données au peuple de Juazeiro, aux pèlerins, aux femmes, à l’éducation et à la spiritualité du chemin, sont réapparues comme témoignage et appel. Dans chaque souvenir se renouvelait la conscience que le charisme n’est pas quelque chose d’enfermé dans un temps lointain, mais une flamme transmise.

Ce pèlerinage a aussi été un exercice de contemplation de la présence féminine dans l’histoire de la foi. La mémoire de la Bienheureuse Maria de Araújo, ainsi que le souvenir de tant de femmes réduites au silence, invisibilisées ou écartées des récits officiels, a émergé avec force tout au long de l’itinéraire. Les pèlerines, les femmes de la paille, les femmes du peuple, celles qui prient, créent, soutiennent, résistent et continuent de marcher, sont également apparues comme une part essentielle de cette expérience spirituelle. Célébrer le jubilé d’Alix à Juazeiro signifiait aussi reconnaître que nous continuons à écrire son histoire à travers des vies petites aux yeux du monde, mais immenses en courage, en fidélité et en amour.

L’expérience a pris la forme d’une question intérieure : où sont nos traces ? Quelles marques voulons-nous laisser ? Pour qui et pour quoi demeurons-nous ici ? Le jubilé a alors cessé d’être seulement une célébration, pour devenir discernement. En reprenant des chemins parcourus par des pèlerins, par des femmes du peuple et par des sœurs qui ont donné leur vie, la communauté a été conduite à retrouver le sens le plus profond de la vocation : vivre avec un but, soutenir la mission, demeurer dans une fidélité créative, continuer à répondre à l’appel de Dieu.

Le passage par la Chapelle du Socorro, par la Basilique de Notre-Dame des Douleurs et par la rue Padre Cícero, la première résidence des sœurs, a approfondi encore davantage cette expérience. Chaque lieu est devenu un mémorial. Chaque mémoire s’est faite prière. Chaque prière a rouvert la question du présent et de l’avenir. Il ne s’agissait pas seulement de se souvenir de ce qui avait été vécu, mais d’accueillir, dans l’aujourd’hui, la responsabilité de continuer. Le jubilé apparaît ainsi comme une grâce pour se souvenir, rendre grâce et raviver le désir, ce désir qui a mis Alix en mouvement, qui a traversé les océans, qui a soutenu tant de sœurs et qui, aujourd’hui encore, invite à faire « tout le bien possible ».

À Juazeiro do Norte, pèleriner a été comprendre une fois de plus que la vie consacrée est toujours un chemin. Un chemin fait d’écoute, d’appartenance, de gratitude et de don. Un chemin soutenu par la mémoire de celles qui sont venues avant nous et par l’espérance de celles qui continuent. Un chemin sur lequel Alix demeure vivante, inspirant de nouvelles réponses, de nouveaux gestes de soin et de nouvelles formes de présence auprès des petits, des pauvres et de tous ceux qui cherchent sens et consolation.

En cette Année jubilaire, l’expérience vécue à Juazeiro rappelle à toute la Congrégation que revenir aux sources ne signifie pas retourner seulement au passé, mais se laisser toucher à nouveau par l’essentiel. Et, en touchant l’essentiel, renouveler le courage de continuer. Avec Alix, avec les sœurs qui nous ont précédées et avec le peuple pèlerin, nous continuons à marcher dans la confiance que : « … Et tu arriveras à ton désir »

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