Savourer la Parole de Dieu avec les jeunes

Chahina Baret

Adjointe en pastorale à l’Institut Saint Pierre Brunoy et formatrice.

Nous avons tendance en catéchèse à choisir les textes qui vont avec nos thèmes ou nos temps forts, nous essayons de faire dire aux textes des Ecritures quelque chose de défini, avec une bonne réponse attendue. Nous instrumentalisons alors la parole de Dieu, nous en faisons même quelquefois une leçon de morale avec des vérités à croire.

Le texte national pour l’orientation de la catéchèse en France nous rappelle que la responsabilité catéchétique consiste à laisser la parole de Dieu faire son travail en quelqu’un. Nous sommes donc responsables de ce qui peut se passer entre la parole de Dieu et les personnes. Nous sommes responsables de la mise au travail des personnes, de construire un chemin, de donner un cadre pour lire et prier cette parole, mais nous ne sommes pas maîtres du cheminement intérieur, du travail de l’Esprit à l’intérieur des personnes, de la résonance de cette parole avec l’histoire de chacun. Il ne s’agit donc pas d’étudier des textes bibliques mais de réunir les conditions pour que les jeunes puissent goûter intérieurement la parole de Dieu. Nous nous mettons au service de ce qui peut se passer entre la parole de Dieu et les personnes.

Texte d’Écriture, il devient en effet Parole en rejoignant chaque personne dans ses besoins, difficultés, questions et dynamismes vitaux. Nous croyons en un Dieu qui veut entrer en conversation et en intimité avec chacun : il se révèle ainsi tel qu’il est avec nous, pour nous, il nous révèle son visage et attend notre réponse libre.

Alors, qu’est-ce qui va aider un jeune à entrer dans l’écoute de Dieu, qui à travers les Écritures, lui parle personnellement dans l’aujourd’hui de son histoire ?

Il nous semble important d’aider les jeunes à entrer dans une familiarité avec les Écritures, de leur donner le livre en main et pas seulement des feuilles photocopiées. Nous leur apprenons à s’orienter et retrouver le texte à lire, en réalisant que la Bible est une grande bibliothèque.

La Parole est source pour chacun des moments de catéchèse, alors nous nous entraînons à prier et écouter la Parole :
• Apprendre à se poser, s’abandonner, trouver une bonne position.
• Apprendre à entrer en soi, à s’écouter, écouter les bruits extérieurs.
• Apprendre à respirer.
• Apprendre à faire silence.
• Cela se fait à petit pas au rythme de chacun : pour certains, cela ne dure que deux minutes pour d’autres cinq.
• De façon rituelle, nous allumons une bougie, nous guidons les jeunes par une parole et une entrée dans ce moment : signe de croix, chant, entrée dans le dialogue à la manière des Exercices spirituels :
◊ Nous voici devant Toi, Seigneur….
◊ Ouvre mon cœur à Ta Parole….


• Nous guidons les jeunes dans le texte d’Ecriture selon l’âge. Pour cela, nous trouvons une porte d’entrée qui déclenche de l’intérêt avec l’histoire : elle est proclamée de façon solennelle, elle peut être racontée, jouée… (il existe beaucoup de documents et de formation pour cela).
• Une fois proclamée, nous pouvons nous imaginer la scène, les personnages, planter le décor, nous mettre dans la scène, à la place du personnage, nous dire ce qu’il ressent, ce qu’il peut penser…
Là encore, suivant l’âge, soit on est guidé oralement soit un cadre écrit est donné à chacun. Les jeunes se dispersent partout, on évite de prier sur des chaises en rang d’oignons, ceux qui ont du mal sont accueillis dans une salle et aidés à le faire à plusieurs avec une animatrice.

• Nous donnons ensuite de quoi susciter la confrontation avec l’histoire qui est racontée pour qu’il y ait interaction avec la vie des personnes par des questions ouvertes, pour que se creuse en chacun une possible rencontre, qu’il puisse se laisser interpeller, interroger, devenir caisse de résonance par son expérience, dans ses représentations, sa manière d’être au monde : une révélation, une question et peut-être un refus ; il s’agit de laisser du temps pour que chacun puisse se promener dans le texte biblique et y faire un chemin qui sera le sien.
• Nous faisons ensuite un temps de partage où chacun s’il le souhaite pourra dire :
◊ Ce qui est bon dans ce texte et qu’il a envie de garder,
◊ Ce avec quoi il a du mal, qu’il n’accepte pas,
◊ Ce qui l’étonne, le surprend….

Je dis toujours à chaque jeune que c’est sa réponse provisoire pour aujourd’hui, et que rien n’est jamais définitif, ni fini. On n’est jamais achevé comme chrétien, comme fils, comme disciple. On grandit dans cette relation, dans ce dialogue tout au long de sa vie.
Nous leur disons de ne pas hésiter à se copier entre eux. En effet à plusieurs, on peut s’appuyer les uns sur les autres, se laisser toucher ou étonner par ce que l’autre en dit et que je n’ai pas vu moi-même, se laisser nourrir, et recueillir pour soi-même ce qui est bon. Vivre ainsi engendre une communion où chacun se donne et reçoit.
Nous nous servons, pour entraîner les jeunes à entrer dans les Ecritures, des méthodes reçues de la tradition que nous expérimentons avec nos jeunes. Ils entrent de plus en plus dans le silence habité de la prière :

• Dialogue contemplatif.
• Prier avec une œuvre d’art en écoutant ce qu’elle nous dit et en dépassant le simple « ça me plaît » « ça ne me plaît pas ».
• Là aussi, nous guidons la contemplation, mais nous n’expliquons pas l’œuvre.

Ainsi, la parole de Dieu est au centre comme source et non comme un outil pour illustrer un moment d'échange. C’est bien une parole en actes aujourd’hui. Cette parole est féconde et elle tient sa promesse ; ce qui doit nous guider comme animateurs, c’est bien que Dieu veut vivre et s’adresser à chacun comme à un ami, qu’il les cherche, qu’il vient le premier leur parler et susciter une réponse libre. Il nous dit ce qu’il veut pour nous, ce qu’il est pour nous. Notre travail est de réunir les conditions pour que l’Esprit fasse son travail, en donnant un cadre exigeant et organisé bien sûr, en relançant au bon moment par une question ou une reformulation ou un apport bref, mais surtout en leur permettant de développer une écoute intérieure et nous exposant avec eux dans cette écoute du visage de Dieu qui se révèle alors.